Ne plus être invisible : ce que la voix de Maïtena Biraben est venue réveiller en moi
Il y a des livres qui informent.
Et puis il y a ceux qui déplacent quelque chose en nous.
En lisant La Femme invisible de Maïtena Biraben, puis en écoutant son échange dans le podcast Les Petits Papiers, j’ai ressenti cette sensation rare : celle d’être rejointe.
Non pas dans une histoire identique - nos parcours sont différents - mais dans une même traversée.
Dire les mots, c’est faire exister
Maïtena Biraben le rappelle avec force : les mots ne sont jamais anodins.
La manière dont nous parlons finit par devenir la manière dont nous sommes.
Dire les choses, c’est les mettre au monde.
Et une fois qu’elles sont dites, il n’est plus possible de faire comme si elles n’existaient pas.
Cette conviction me traverse depuis longtemps.
Écrire n’est pas un luxe ni un exercice intellectuel.
C’est un acte fondateur.
Un acte de réparation.
Un acte de présence.
Sortir du silence autour de l’abus
À l’écoute de Maïtena, une question s’est imposée à moi : quel est le monde que je souhaite, moi aussi, contribuer à faire advenir ?
Je rêve d’un monde où les femmes et les hommes qui ont été abusés n’auraient plus peur de parler.
Un monde où l’on ne murmure plus « ça » à voix basse, avec gêne ou pitié.
Un monde où l’on pourrait dire ce que c’est une vie après l’abus : dans le couple, dans la famille, dans le corps, dans la tête.
Nous connaissons presque toutes et tous quelqu’un qui a été abusé.
Nous savons.
Mais nous n’osons pas en parler.
Le silence devient alors une seconde violence.
MeToo : entre libération et malaise
Maïtena Biraben met des mots très justes sur ce que MeToo a réveillé chez beaucoup de femmes de sa génération.
Oui, la parole s’est libérée.
Mais elle a aussi fait surgir de l’embarras, parfois de la honte.
« On a fait avec (la main aux fesses, le viol conjugual, etc...) … mais cela ne veut pas dire qu’on était d’accord. »
Cette phrase m’a profondément touchée.
Elle dit toute la nuance entre survivre et consentir.
Une nuance que nous n’avons pas toujours eu le droit d’exprimer.
Reprendre sa souverainté et sa place de femme libérée n’est pas toujours aisé.
Danser avec le chaos
Dans son récit, il est aussi question de ces moments de bascule.
De ces événements, parfois douloureux, qui viennent tout remettre à sa place après un long travail intérieur.
J’aime appeler cela danser avec le chaos.
Parce que c’est souvent dans ces zones instables que quelque chose de plus juste peut émerger.
Oser, échouer, apprendre
Ce qui m’a également marquée, c’est son rapport à l’audace et à l’échec.
Oser essayer.
Accepter que des portes se ferment que « non » soit une réponse.
Reconnaître que l’on grandit aussi et surtout en ratant.
À partir d’un certain âge, on cesse de demander la permission.
On commence à agir depuis un lieu plus aligné.
La seconde partie de la vie
Maïtena le dit avec beaucoup de simplicité : le travail lui a permis de devenir elle-même.
Contrairement à ce que l’on croit, la cinquantaine n’est pas une sortie de scène.
C’est souvent un moment de réajustement profond.
Les enfants grandissent, du temps se libère, et une question apparaît : qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire maintenant ?
Créer autrement, ensemble
Elle évoque aussi la difficulté puis la réconciliation avec la sororité.
Pendant longtemps, beaucoup de femmes ont avancé seules, faute de place ou de soutien.
Aujourd’hui, à travers Mesdames Média, un autre espace devient possible : un lieu de récits, de nuance, de transmission.
Un espace où les femmes de plus de 45 ans ne sont plus invisibles.
Vieillir, transmettre, prendre place
Vieillir reste un sujet sensible dans notre société.
Le corps des femmes, leurs cycles, leur transformation ont longtemps été entourés de honte ou de silence.
Et pourtant… les femmes de plus de 45 ans ont tant à offrir : de l’expérience, de la profondeur, de la compréhension.
Il est temps de changer le regard.
Il est temps de rendre visible ce qui ne l’a pas été.
Écrire pour ne plus être racontée par d’autres
Lire La Femme invisible et écouter Maïtena Biraben, c’est recevoir une invitation essentielle : ne plus laisser les autres raconter notre histoire à notre place.
Dire.
Écrire.
Transmettre.
Non pas pour se figer dans le passé, ni par esprit de revanche mais pour prendre pleinement sa place dans le présent.
Mot après mot, quand nous sommes “vraies” nous faisons bouger les lignes.
Merci Maïtena.
On avance ensemble.
Pour écouter le podcast des Petits Papiers :
https://auvio.rtbf.be/media/les-petits-papiers-interviews-d-artistes-les-petits-papiers-3290009
