De Méduse à Pégase : ce que le mythe dit du trauma… et de la guérison
Dans la mythologie grecque certaines histoires traversent les siècles parce qu'elles parlent de nous, encore et toujours.
Le mythe de Méduse et de la naissance de Pégase en fait partie.
Derrière le monstre aux cheveux de serpents et le cheval ailé, il y a une vérité profonde sur le traumatisme, le silence et la possibilité de transformation.
Méduse : quand la victime devient le problème
A l'origine Méduse n'est pas un monstre. Elle est une jeune femme, belle, vivante, prêtresse.
Puis elle est violée par Poséidon.
Mais ce qui la détruit vraiment, ce n'est pas la violence subie, c'est ce qui suit.
C'est le fait que personne ne la protège, que personne ne la croit vraiment.
Même la déesse Athena la punit et la transforme en Gorgone.
Symboliquement le message est brutal : la violence est déplacée sur la victime.
Ce n'est plus l'acte qui dérange mais celle qui en porte la trace.
Combien de personnes traumatisées connaissent encore cela aujourd'hui ?
Etre crue... mais déranger.
Etre entendue.... mais mise à distance.
Etre tolérée tant que le silence demeure.
La pétrification : une réponse de survie
Le regard de Méduse pétrifie et il est souvent interprété comme une menace. Mais s'il était autre chose ?
En psychotrauma, la pétrification est une réponse biologique de survie.
Quand il n'est ni possible de fuire, ni de se défendre, le corps se fige.
Méduse ne tue pas, elle fige.
Comme le trauma non reconnu :
- il rigidifie le corps
- il enferme la parole
- il met mal à l'aise l'entourage
Ce n'est pas la victime qui est dangereuse mais ce qu'elle oblige à voir.
Persée : regarder sans se brûler
Le héros, Persée, reçoit la mission de tuer Méduse mais il ne la regarde pas directement.
Il utilise un bouclier poli, comme un miroir.
Et ce détail est essentiel car il dit une chose très juste : on ne traverse pas un trauma de front, seul, sans accompagnement.
Que ce soit en thérapie, dans l'écriture, dans l'art ou dans une parole accompagnée, il faut :
- un cadre
- une distance
- un reflet
Persée ne nie pas Méduse et il ne la détruit pas par haine. Il met fin à la fixation, à l'enfermement.
Pégase : la vie d'après
Au moment où Méduse meurt quelque chose de totalement inédit surgit : Pégase, le cheval ailé.
Et le mythe est profondément juste à cet endroit là car la création ne naît pas du trauma lui-même.
La création naît après sa traversée.
Pégase symbolise :
- le souffle retrouvé
- l'élan vital
- la créativité
- la parole inspirée
Ce n'est pas un retour à "comme avant". C'est une transformation.
On ne redevient pas celle que l'on était.
On redevient autrement vivante.
Ce que ce mythe nous enseigne aujourd'hui
Le mythe de Méduse et Pégase nous rappelle plusieurs choses essentielles :
- Le silence aggrave les blessures
- Ce qui n'est pas reconnu s'inscrit dans le corps
- La vérité dérange les systèmes figés
- La guérison passe par un regard juste et accompagné
- Et surout : de la blessure peut naître une force de transmission
Pégase ne renie pas Méduse.
Il naît d'elle.
Mais il ne reste pas enfermé dans la pierre.
Il dit ceci :
Tu n'es pas défnie par ce que tu as subi mais par ce que tu choisis d'en faire.
Guérir ce n'est pas effacer le passé mais lui donner un sens et permettre à la vie de reprendre son envol.


