Chaque année, Noël revient avec ses promesses.
La lumière. La naissance. La paix.
On nous parle d’une étoile à suivre comme si le chemin était simple.
Comme si la lumière se donnait naturellement à qui la cherche assez fort.
Je crois que la lumière on la rencontre plutôt en descendant.
En descendant dans le corps, dans les nœuds du ventre.
Dans ce qui fait mal et que l’on préférerait ne pas voir.
Il s’agit de descendre et d’écouter.
Nos naissances et renaissances successives se font dans les grottes de nos profondeurs.
Parfois dans le silence. Souvent dans le chaos.
Pour s’élever il faut d’abord fortifier nos racines.
Il ne s’agit pas de tout comprendre.
Il s’agit de ressentir.
D’accueillir ce qui serre, ce qui pleure, ce qui tremble encore.
Le verbe doit se faire chair.
Il ne s’agit pas d’être lumineux.
Il s’agit d’être vrai.
Il s’agit de comprendre que derrière nos silences, nos peurs, nos empêchements, nos bassesses, notre orgueil, il y a une part de nous qui attend.
Elle attend et elle a soif de vérité, de paix, d’amour et d’unité.
Choisir d’aller à sa rencontre c’est commencer à rassembler ce qui a été dispersé.
Car ne nous y trompons pas, ce que nous refusons de regarder vraiment ne disparaît jamais.
Cela se transmet.
A nos enfants. A nos petits-enfants sous forme de silences lourds, de loyautés invisibles, de maladies, de douleurs sans mots.
Toutes les sagesses le savent.
Les blessures ignorées traversent le temps et les générations.
Elles attendent qu’un jour quelqu’un s’arrête et dise « je vais regarder ».
Ces dernières années, j’ai ressenti le besoin de regarder. Avant tout, pour moi bien sûr, mais pas seulement.
Je l’ai fait en écrivant et parfois aussi géographiquement en allant vers des personnes et des lieux qui m’inspiraient et m’appelaient.
A Vézelay en septembre quelqu’un m’a offert ce message par le biais d’une petite carte « faite maison » : « Traverses-tu le grand désert pour aller en Terre promise ? »
Les cartes « faites maison » sont les plus belles, les plus habitées.
La Terre promise !
Personnellement, je la cherche un peu partout. Depuis longtemps.
Et je dois bien me rendre à l’évidence.
Je ne l’ai trouvée nulle part à l’extérieur de moi.
C’est année c’est dans un souffle plus tranquille et silencieux qu’un nouveau chemin a commencé à se dessiner.
Un chemin plus large, plus vivant, plus aimant qui acceptait enfin, de livrer passage.
C’est au fil de cette traversée qu’il y a eu pour moi un retour silencieux.
Presque imperceptible au début.
Un retour vers une présence intérieure.
Non pas comme un dogme mais comme une manière d’aimer. Calme. Tranquille.
Une voix intérieure qui appelle, qui invite, qui dit : Aime encore. Aime plus vrai. Aime jusque dans l’ombre.
Ce retour s’est fait par le biais de rencontres. De silences partagés. De respirations dans des lieux habités.
Redevenir comme des petits enfants n’est pas une innocence retrouvée.
C’est un dépouillement. Un long consentement à faire tomber nos armures.
Il faut du temps pour rassembler toutes nos parts blessées, éparpillées, silencieuses.
Balayons devant nos portes, descendons dans nos caves. Non pas pour maudire l’obscurité mais pour l’éclairer.
C’est cela réveiller le divin enfant.
Non pas devenir lumière mais accepter de livrer passage un peu comme le fait le vitrail.
Faire assez de place en soi pour que la lumière passe.
En cette presque veille de Noël, je vais continuer à écouter ce qui veut naître.
Je sais qu’un nouveau printemps se prépare.
Porté par une lumière différente.
Je poursuis mon propre chemin de vérité.
Et peut-être est-ce cela Noël ?
Non pas la lumière qui nie l’ombre, mais l’Amour qui consent à la traverser, pour prendre chair, humblement en nous.
Joyeux Noël à toutes et à tous.
Sylvie
